Nouveau : création de sommaires Harkis et Commission - 2024-02-22 : 494 dossiers présentés ce jour en commission réparation - Expertises des sites - Participations prix

Découvrez le témoignage de Marius GIUDICELLI.

Historique des Harkis à Zonza

Sommaire :

    - Création du Comité Régional
    - Historique de la présence des Harkis à Zonza
    - Pose d'une plaque commémorative à Zonza
    - Journée d'hommage national envers les harkis

Création du Comité Régional

Monsieur le préfet de Corse, préfet de la Corse du Sud, monsieur le directeur de l'ONAC de la Corse du Sud, monsieur le directeur de l'ONAC de la Haute Corse, mes amis Hamid, David, Messaoud, Rabah et Abderrahmane.

Dresser un historique de la présence des Harkis à Zonza est une gageure. En effet, après les attentats qui ont visé la mairie de Zonza : celui de 1992, qui a soufflé en partie le local des archives, celui de 1995 qui n'a laissé qu'un amas de gravats, la quasi-totalité des archives de la commune ont été détruites.

Pour brosser cet historique Je ne peux donc m'appuyer que sur quelques rares documents, sur des souvenirs personnels, sur les témoignages recueillis auprès des familles de Harkis et de quelques anciens villageois. Vous voudrez bien pardonner quelques imprécisions que mes amis ici présents, m'aideront peut-être à corriger.

Historique de la présence des Harkis à Zonza

Lettre au préfet de la Corse, préfet de la Corse du Sud

Monsieur Le Préfet,

En 1971, la fermeture du hameau forestier des Escudier et de divers autres hameaux sur le continent, jettent à nouveau sur le chemin de l'exil, les dernières familles de Harkis qui y séjournent encore. Leur dernière destination sera la Corse et les hameaux forestiers de Casamozza et de Zonza.

Une note de service du ministère de l'agriculture apporte quelques justifications à ces mutations. Je cite :
« Ces nouvelles affectations procureront sans doute aux familles touchées par cette mesure, des avantages d'un séjour dans des régions plus chaudes et plus ensoleillées, dans lesquelles un travail régulier et permanent leur serait assuré... »

C'est ainsi, que par une belle et chaude journée du mois d'août 1971, les cars de la société Balesi, suivis de camions de déménagement, traversent sans s'arrêter, le village de Zonza et se dirigent vers le hameau forestier implanté dans le haut du village.
À bord de cette flottille d'autocars, 25 familles de Harkis, fortes de plus de 250 personnes s'acheminent vers leur nouvelle résidence (l'on y comptera jusqu'à 29 familles). Les maisons individuelles, en parpaings, sont sommaires et "le camp" est ceinturé de barbelés, (pour le protéger des animaux en divagation...).

Monsieur Albert Muzy, maire de la commune et Monsieur Marcellesi délégué régional à l'Action sociale, éducative et culturelle de la préfecture de Corse, les accueillent et supervisent leur installation.
De son côté, la population largement informée de cette venue, mais pas suffisamment de son importance, reste dans l'expectative devant cette arrivée massive.
Ce n'est pourtant pas un peuple inconnu que l'on installe à Zonza. Des villageois de même génération ont côtoyés les Harkis et leurs familles en Algérie pendant la guerre d'Algérie. Ils avaient pu mesurer l'attachement de cette population à la France. Je peux en témoigner.

Les personnes les plus âgées de ces familles sont sans nul doute, Ahmed Terkemani, né le 3 juillet 1917 à Champlain et son épouse Aïcha née Belazouz dont l'âge présumé est : née en 1927 à Douar Tiara. Des huit enfants du couple le plus âgé est Messaoud, né le 29 janvier 1945 à Champlain. À 26 ans, il est sans doute, le plus âgé parmi les jeunes hommes.
Aouda Mazari, née le 30 décembre 1954 à Lamartine, est certainement la plus âgée des jeunes filles.
L'enfant le plus jeune est sans conteste, Belkacem Oughlissi né le trois mai 1971 à Castres.
Madame Hadda Bouttaga, attend un heureux événement qui surviendra le 10 novembre 1971 à la clinique de Porto Vecchio où elle donnera naissance à un superbe bébé nommé Nasser. D'autres enfants naîtront au fil des mois et des années.

Mal préparés, mal organisés, arrivés relativement en masse au vu des effectifs de la population locale, leur intégration sera pour beaucoup difficile, pour certains elle est encore inachevée.
Malgré ces handicaps récurrents, la vie de cette communauté s'organise assez rapidement. L'ONF fournit un emploi rémunéré à chaque anciens Harkis. Ils sont utilisés à des travaux de reboisement et d'aménagement des forêts domaniales.
En période estivale ils sont affectés à la défense des forêts contre les incendies. Leur engagement et leur efficacité dans ces combats dantesques, sera remarquable et remarquée. Des témoignages de satisfaction leurs seront délivrés.
Peu à peu des relations cordiales, se nouent avec les gens du village.
Les femmes descendent y faire leurs provisions. Les épiceries prospèrent.
Les services sociaux sont souvent sur la brèche tant sont importants les besoins de cette population déracinée. Les barbelés ont disparu.
Quelques hommes de par leur métier et les relations qui s'y créent, s'intègrent à des groupes de chasseurs.
Le soir au café de France, il n'est pas rare de rencontrer des Harkis, assis à des tables de belotes.
Quasiment tous ces anciens combattants, adhèrent à la Section des Anciens Combattants et Victimes de Guerre de Zonza, montrant ainsi, que dans leur cœur, ils restent fidèles aux valeurs de la République.

Les élus et leurs adversaires, courtisent ces nouvelles électrices et ces nouveaux électeurs qui peuvent faire basculer une élection...
À la demande des plus religieux d'entre eux, un cimetière Musulman est créé. Il est aujourd'hui à l'abandon, car ceux qui restent, ont choisi d'être inhumés au cimetière municipal. Sept d'entre eux y reposent.
Mais c'est l'école qui joue pleinement son rôle. De solides amitiés s'y nouent et perdurent encore aujourd'hui. C'est elle qui permettra l'insertion des générations montantes.
Des jeunes gens issus de cette communauté courtisent des jeunes filles du village qui ne restent pas insensibles à leurs avances. Certaines partagent encore aujourd'hui, une vie commune avec eux.
Des mariages inter communautés, sont célébrés. Des enfants naissent de ces unions heureuses.
Hélas, le travail fait défaut aux jeunes générations.
Au fil des années, des familles quittent le hameau, pour « aller vivre à la ville » et le hameau se vide.
Au cours des années 1984/1985, la LOGIREM procède à la réhabilitation du hameau. Onze villas sont rénovées, agrandies et dotées de tout le confort moderne. Les abords sont réaménagés. Les Harkis et leurs familles restées au village disposent enfin de logements décents.
Dans le courant des années 2000, les 11 villas sont mises en vente par la LOGIREM avec l'accord de la commune, propriétaire des terrains.
La priorité donnée aux occupants Harkis et à leur descendance, permet à sept d'entre eux de se rendre acquéreurs de sept villas. Quatre villas inoccupées sont achetées par des autochtones qui y vivent.
Aujourd'hui, il ne reste plus que quatre familles de harkis à Zonza. Elles sont représentées ici.

Monsieur le Préfet, il ne m'appartient pas d'exprimer une opinion personnelle sur les nouvelles mesures prises par le gouvernement en faveur des Harkis, c'est à eux de le faire mais permettez-moi néanmoins de m'en réjouir car, étant témoin de la permanence des blessures de leur communauté, je peux dire que les actions de reconnaissance pour les sacrifices qu'ils ont consentis au service de la France et les mesures de réparation prisent en leur faveur restent essentielles.
Monsieur le Préfet, ne nous y trompons pas, ils restent des écorchés vifs. Le sentiment d'abandon perdure chez les générations montantes. Les rancœurs et les rancunes sont latentes. Elles ont besoin d'un exutoire.
La création du Comité régional que vous leur faîtes l'honneur de présider aujourd'hui, la formation restreinte issue de ce comité avec un président et un vice-président élus, tous deux fils de Harkis ayant séjournés à Zonza, peut être cet exutoire. Il va du moins leur donner la parole qui leur a tant manqué. À eux de s'en saisir pour faire entendre la voix de ces expatriés qui, emportés par le vent de l'histoire, ont plus que jamais, leur destin lié au nôtre. Je vous remercie.


Le mardi 20 janvier 2015.

Marius GIUDICELLI
Président de la Section des Anciens Combattants et Victimes de Guerre de Zonza / Sainte Lucie de Porto Vecchio
Président fondateur du Comité d'Organisation du 70e anniversaire de la Libération de la Corse - Canton de Levie

Pose d'une plaque « Hommage et reconnaissance aux Harkis de Zonza »

Le temps des remerciements

Le Président de la Section des Anciens Combattants et Victimes de Guerre de Zonza remercie chaleureusement toutes celles et tous ceux qui de près ou de loin, se sont associés au juste hommage de la reconnaissance de la Nation envers les Harkis et les troupes supplétives.

À monsieur le préfet de Corse, préfet de la Corse du Sud, qui a mis résolument en œuvre le Plan national Harkis pour la région Corse.

À monsieur le directeur de l'ONAC de la Corse du Sud, véritable courroie de transmission et Maître de cérémonie.

Aux filles et aux fils de Harkis qui ont compris la portée de ce juste hommage rendu à leurs pères. À celles et à ceux de cette communauté qui sont venus du continent pour être présents à cet événement qui restera gravé dans les mémoires, dans leurs mémoires.

Plus particulièrement à la municipalité de Zonza dont il faut souligner l'engagement total tant pécuniaire que logistique.

Avec le soutien conséquent de l'État, Il ne s'est pas contenté de répondre à la demande qui lui était faite d'implanter une stèle, il a permis la réalisation d'un véritable Lieu de Mémoire.

Aux 14 porte-drapeaux venus : d'Ajaccio, de Petreto-Bicchisano, d'Olmeto, de Propriano, de Sartène, de Porto Vecchio, de Levie et de Zonza pour donner une solennité exemplaire à cette cérémonie.

Aux Anciens Combattants de Zonza qui se sont pleinement investis dans cette action qui a été grâce à l'engagement de tous, la première à être mise en œuvre sur le territoire national ce qui, et de ce fait, lui a valu d'être inaugurée par le Secrétaire d'État aux Anciens Combattants.

 

Journée d'hommage national envers les harkis

Discours de monsieur Marius GIUDICELLI

Monsieur le Sous-Préfet,

Monsieur le maire, mesdames et messieurs les élus, mesdames et messieurs les représentants des autorités civiles et militaires, mesdames et messieurs les anciens combattants et porte-drapeaux, mesdames, messieurs, chers scolaires,

Nous sommes très sensibles à votre présence, monsieur le sous-préfet, pour cette journée nationale se déroulant exceptionnellement au pied du hameau de forestage de Zonza. Nous la percevons comme une marque de considération qui honore notre communauté.

Après tant d’années d'errance, après tant d'années d'exclusion, après tant d'années de souffrances, après tant d'années d'oubli, la République Française en instituant une  journée d'hommage national envers les harkis et les membres des formations supplétives, a reconnu enfin et solennellement, ce qu'elle leur devait pour leur fidélité à la France, pour les sacrifices qu'ils ont consenti pour rester français, pour les souffrances qu'ils ont enduré de 1954 à 1962, durant la guerre d'Algérie et des tragédies vécues, qui les ont jetés sur les chemins de l'exil pour fuir les représailles sanglantes dont ils ont été victimes après la signature des accords de paix.

Depuis notre arrivée en France sous le statut de rapatriés, des lois ont été adoptées en notre faveur, elles n'étaient pas toujours de nature à répondre à nos attentes, des fonds de réparation et de solidarité nous ont été alloués, toujours insuffisants pour réparer les préjudices subis mais jamais, au grand jamais, cette reconnaissance n'avait été inscrite dans le marbre de la République.

Aujourd'hui, elle est inscrite sur les murs des Invalides.

Elle est inscrite sur cette plaque que nous avons dévoilé le 16 juillet 2015, en présence du secrétaire d'État aux Anciens Combattants et à la Mémoire, Jean-Marc Todeschini, venu inaugurer ici ce lieu de mémoire qui faisait tant défaut à la mémoire de nos pères, à notre mémoire, à la mémoire collective de la France.

Nous nous en somme réjouis et nous y avons participé.

La commune s’y est investie au-delà de toutes nos espérances, au-delà de tous nos souhaits. Nous lui en sommes infiniment reconnaissant.

Nous avons dû quitter notre terre natale. Nous avons connu le déracinement, la précarité, la relégation dans les camps de transit, l'entassement dans des cités urbaines et l'exil dans les hameaux de forestage où nous sommes aujourd'hui, dans celui de Zonza, où nous sommes arrivés par une chaude journée du mois d'août de 1971.

Nous étions plus de 250 personnes de tous âges. 29 familles entassées dans des autocars que suivaient des camions de déménagement transportant nos maigres souvenirs.

On nous avait assuré que nous trouverions dans cette nouvelle affectation, je cite les propos du ministre de l'Agriculture d'alors : « les avantages d'un séjour dans des régions plus chaudes et plus ensoleillées, dans lesquelles un travail régulier et permanent leur serait assuré. »

Chaudes et ensoleillées ? C'était vrai l'été, c'était sans doute vrai pour Casamozza, mais notre premier hiver à Zonza s’est montré particulièrement rude. De quoi nous décourager nous qui aspirions à trouver un havre de paix où nos familles pourraient s'établir et vivre décemment.

Nous avions compris que nous étions au terme de notre voyage.

La population largement informée de notre venue mais pas suffisamment de notre importance, est restée dans l'expectative, se montrant même parfois, hostile.

Il est vrai que nous chamboulions quelque peu leur quiétude. Mais très vite, nos pères embauchés par l'Office national des forêts dans des emplois qui leur avaient été réservés, effectuaient des travaux de reboisement et d'aménagement des forêts domaniales. Ils nouaient des relations avec les hommes du village.  Certains s'intégraient dans des groupes de chasseurs et il n'était pas rare de rencontrer des harkis "tapant le carton" au café.

En période estivale, ils étaient affectés à la défense des forêts contre les incendies, comme le font toujours aujourd'hui leurs fils. Leur engagement et leur efficacité dans ces combats dantesques, étaient remarquables et remarqués.

Ils servaient encore la France.

Quasiment tous anciens combattants, ils ont, pour leur grande majorité, adhéré à la Section des Anciens Combattants de Zonza qui les a accueillis comme des frères d'arme. Malgré cela, une barrière impalpable les séparait.

Nos mères descendaient au village faire leurs provisions. Les épiceries prospéraient, Les ménagères parlaient de leur cuisine.
Quant à nous les enfants de harkis, nous fréquentions l'école de la République ou de nouvelles classes avaient été ouvertes pour nous accueillir. Nous avons grandi avec les enfants du village. En classe et au dehors, nous avons noué des relations d'amitié, dont certaines perdurent encore.

Les élus sont venus nous courtiser car notre nombre suffisait pour faire basculer une élection.

Le contact entre les deux communautés s'était donc établi.

Aujourd'hui, nous ne sommes plus que quatre familles à vivre au village. Nous occupons, des emplois : à l'Office national des forêts, à la commune, à la communauté des communes. Nous travaillons dans les entreprises du bâtiment et même dans le commerce. Fiers d'être filles et fils de harkis, aujourd'hui nous pouvons dire que nous sommes intégrés à cette belle île de Corse.

Oui, nous sommes intégrés mais tout le monde sait bien que nous ne le sommes qu'en apparence car la permanence des blessures de notre communauté demeure. Le sentiment d'abandon perdure même chez les nouvelles générations où les attentes de reconnaissance restent fortes.

Nos pères avaient choisi de servir la France. En servant la France ils ont tout perdu et leur regret sera de ne pas pouvoir laisser un quelconque héritage à leurs enfants.

Si les lois adoptées en notre faveur, si les actions de reconnaissance pour les sacrifices qu'ils ont consentis, peuvent compenser en partie nos souffrances, cinquante-sept ans après, nous restons tout de même des déracinés.

Le Comité Régional de Concertation de la Mémoire harkie que madame Josiane Chevalier, Préfète de Corse, nous fait l'honneur de présider, font que les enfants de harkis sont les porteurs de la parole de notre communauté. Nous espérons surtout que les nouvelles mesures d'aides en notre faveur ne soient pas encore une fois trop compliquées à mettre en œuvre. Pour tout dire, trop administratives, trop difficiles à obtenir.

Nous savons que l'aide bienveillante du personnel des services de l'ONAC en Corse nous est acquise. Nous savons que vos services sont bien disposés à notre égard, mais ce n'est pas leur faire injure que de nous adresser à vous qui représentez l'État.

Dans cette attente, nous vous assurons de notre parfaite considération et de notre profond respect.

Je vous remercie.