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Découvrez le témoignage de Madame Fatma Clemente-Touel, en charge du hameau de Brogilum

Madame Fatma Clemente-Touel, en charge du hameau de Brogilum

Témoignage lu et transmis le lundi 3 juillet 2023.

Madame Fatma Clemente-Touel est conseillère municipale de Fuveau (13710), en charge du hameau de Brogilum, des Anciens Combattants et du Souvenir Francais.
Elle a lu ce témoignage le lundi 3 juillet à l'occasion de la visite de la Commission nationale indépendante Harkis au hameau de forestage de Fuveau et l'a transmis par courriel à l'issue.

Voici son discours :

« En tant qu'élue en charge du hameau de Brogilum et en tant que fille de Harkis, je voulais vous parler et surtout souligner le deuxième camp de Harkis à Brogilum.
Nos père Harkis une fois en France, ont été contraints de vivre dans des conditions misérables soumis à la discipline et à l'humiliation de ces camps cachés dans les bois.

Ensuite mis dans des villages Forestiers dont celui de Fuveau, dans un premier temps ils étaient logés dans des préfabriqués jusqu'en 1976 puis, ils sont arrivés ici dans ce deuxième camp qu'on appelle le "Hameau de Brogilum", les maisons n'étaient pas adaptées aux familles nombreuses. Nos pères étant salariés à l'ONF avec un salaire modeste pour élever une si grande famille, se sont retrouvés logés dans des maisons où ils n'avaient pas les moyens d'acheter du mobilier et des appareils utiles à la vie de tous les jours.

Nous dormions par terre avec des couvertures. Dès l'arrivée de l'hiver, au premier gel, nous n'avions plus d'eau pour boire ou se  doucher. Dès qu'il y avait un fort mistral, nous nous retrouvions confrontés régulièrement à des coupures de courant durant plus d'un mois et nous nous retrouvions sans chauffage.

Nos pères ont eu une perte d'identité et nous avec car nous ne savions plus qui nous étions. Nous avons vécu cette histoire violente et tragique marquée par le passé qui nous suit. Nous ressentons l'histoire de nos pères harkis le désarroi de la colère et de l'incompréhension. Nous sommes condamnés et nous avons l'étiquette de « traître » à vie, bien que nous sommes des citoyens Français à part entière. Nous avons vécu dans la souffrance et l'abandon. La mémoire, la reconnaissance et la réparation ne peuvent pas être imposées par la loi et ne peuvent pas être fixées à une date. Nos bases sont les connaissances de notre vécu au camp de Harki de Brogilum.

Au devoir de mémoire, il faut ajouter l'histoire, elle est la réalité, elle décrit le passé douloureux, honteux et traumatisant. Elle est indispensable pour comprendre que nous les enfants de harkis nés après 1975 avons aussi souffert même si nous n'avons pas connu le barbelé, mais avons connu le chef de camp qui décidait pour nous. Nous avons vécu dans une grande précarité, misère, culturelle et économique. Malheureusement, malgré la connaissance des faits, les gouvernements successifs nous ont divisés et n'ont pas pris en considération la réparation de nos souffrances douloureuses auxquelles nous avons été confrontées.

À ce jour, certains enfants de harkis se retrouvent sans emploi. Il serait indispensable et important de prendre en considération les enfants de harkis nés après 1975 à Brogilum. Faute de quoi, nous ne pourrions pas parler de réparation et de reconnaissance des Harkis.

J'irai même plus loin, je considérerai cela comme une inégalité de traitement dans la reconnaissance apportée aux enfants de harkis entre ceux nés avant 1975 et ceux nés après 1975.

Par ce discours, je vous remercie de rétablir une justice équitable pour tous les enfants de Harkis. »